Hugh Laurie est insaisissable, et ce n'est pas de sa faute : tourner un feuilleton populaire n'est pas de tout repos. Surtout lorsque l'acteur rentre chez lui, en Angleterre, pendant les 2 jours de repos... toutes les semaines. C'est difficile à croire, mais Hugh Laurie est avant tout un papa qui place sa famille au premier plan. On est donc très loin du méchant, égoïste et irascible Dr. House. C'est cela, être acteur. Construire un personnage de toutes pièces. Et celui de House est complexe. Cette rencontre avec Hugh Laurie a été possible uniquement parce que Hugh Laurie est aussi la vedette d'un dessin animé intitulé “Monstres contre Aliens”.
Il prête sa voix à un médecin, oui encore un, mais celui-ci a la particularité d'être un cafard, enfermé en détention secrète par le gouvernement américain, avec d'autres “monstres”. Lorsque les extra-terrestres menacent d'envahir notre planète, le président des USA décide de faire appel à ces mutants pour sauver le monde d'une fin horrible. Evidemment, pour pouvoir entendre et apprécier la voix, il faudra aller voir “Monstres contre Aliens” en version originale. Je reconnais toutefois que le comédien qui double l'acteur en français est excellent, ce qui explique sûrement les 10 millions de téléspectateurs hebdomadaires, rien qu'en France. Monsieur Hugh Laurie. Rien que pour vous.
Ramzy : C'est un vrai virage, ce film, par rapport à la série ?
Hugh Laurie : C'est surtout différent dans la manière dont on lit notre texte. On peut le lire directement sans avoir à l'apprendre. Il n'y a pas de costumes. On peut même faire nos voix à poil ! En réalité, l'enregistrement des voix s'est étalé sur un peu plus de deux ans. Il est clair qu'on oublie où on en est, lorsqu'il faut revenir après plusieurs mois d'absence. Mais on nous fait écouter ce qui a été enregistré pour retrouver la voix et le ton du personnage. Moi, je trouve cela très agréable. Revenir sur ce projet et voir son évolution au fil du temps. Lorsqu'on tourne une série, on a l'impression de faire un mini-film toutes les semaines. Donc tout va très vite. Dans le cas d'un cartoon, c'est lent, mais c'est normal, à cause des contraintes techniques. Mais c'est tout aussi agréable à faire.
Ramzy : Dans ce film, tu joues un cafard qui est un peu fou et à la télévision, tu es un docteur aussi fou, ma question est...
Hugh Laurie : Pourquoi je suis fou ? Non, pardon... excuse-moi. Continue. (Rires...)
Ramzy : Quelle est ta relation avec la folie ?
Hugh Laurie : J'ai une relation très particulière avec la folie. On se dit bonjour dès qu'on se retrouve au même endroit. (Rires...). En fait, je ne vois pas trop de rapport entre les deux personnages. Celui de “Monstres” est un cafard et l'autre est un homme. Ce n'est pas pareil, tu en conviendras ! Maintenant, pour être honnête avec toi, je ne sais pas s'ils ont d'abord créé le cafard et ensuite, ils se sont dit : “Il nous faut Hugh Laurie” ou bien l'inverse : “On a Hugh Laurie, il faudrait que ce soit un cafard !” Quoi qu'il en soit, c'est pareil ! Ce n'est pas très flatteur !
Mais pour en revenir à la folie, je ne sais pas, je crois que les deux personnages sont brillants avant tout. Moi ? Je suis attaché à la réalité, je ne crois pas être complètement fou.
Ramzy : Selon un sondage internet, le Dr. House est beaucoup plus sexy que le Dr. Ross (George Clooney) dans Urgences. Un commentaire ?
Hugh Laurie : C'est moi qui ai voté 400.000 fois pour moi-même ! Mais non, c'est totalement absurde ! Je n'ai absolument aucun commentaire à faire à ce sujet. Enfin, un seul commentaire : George Clooney restera toujours le maître. Mais sérieusement, je suis très flatté, même si je continue à croire que c'est absurde.
Ramzy : On ne te voit pas trop en dehors du feuilleton House. Pourquoi tu ne fais pas plus de films ?
Hugh Laurie : C'est assez difficile avec mon emploi du temps. Pour faire une saison entière de House, c'est-à-dire 24 épisodes, il faut 10 mois. C'est donc quasiment impossible de faire autre chose. C'est assez frustrant, je l'avoue. Si, comme la plupart des autres séries, on ne tournait que 22 épisodes, ça donnerait plus de temps pour tout le monde. Les scénaristes auraient plus de temps entre les saisons et les acteurs pourraient se lancer sur d'autres projets. Mais 24 épisodes par saison, c'est mission impossible.
Ramzy : C'est marrant, on oublie souvent que tu as fait énormément de comédies en Angleterre. Et tu as gardé ce sens de l'humour très anglais. Pourtant, c'est très dur à Hollywood de pouvoir faire aussi bien de la comédie que des rôles plus dramatiques. Comment tu arrives à faire les deux ?
Hugh Laurie : Je crois que j'ai surtout beaucoup de chance d'être tombé sur House. Je le trouve très drôle par moments. C'est ce que j'apprécie dans cette série, cette façon de passer en quelques secondes à une situation comique avec un ton très irrévérencieux, à une tragédie épouvantable. C'est un mélange de style qui donne beaucoup de réalité à la série. La vie est faite de comédie, de tragédie et d'humour. On a tout cela en nous. On peut pleurer à un enterrement ou rigoler à l'anniversaire d'un enfant, tout ça en quelques instants. Encore une fois, c'est vraiment ce que j'aime dans House, l'aspect réel de la nature humaine.
Ramzy : Je te vois toujours aux cérémonies hollywoodiennes. Tu as l'air mal à l'aise. Même quand tu gagnes, on dirait que tu n'as aucune envie d'être là. Comment tu approches le fait devant un public généralement ?
Hugh Laurie : Je crois qu'il existe deux stratégies différentes. On peut être stressé devant un public ou trouver ça intimidant. Tu sais que la 1re phobie des Américains n'est pas la mort. Non, elle vient en deuxième position. Les Américains ont avant tout peur de parler en public. Chez moi, on a d'abord peur de parler en public et ensuite, on a peur des araignées. Donc, les gens ont plusieurs stratégies pour s'adresser au public. Certains essayent d'apaiser la tension en disant “C'est ridicule, je n'ai rien à faire ici et vous non plus”. L'autre technique, c'est de dire tout le contraire : “Oui, je mérite d'être ici, j'ai travaillé dur pour ça, je suis très beau, j'ai du talent !” Je ne sais pas si c'est une différence entre l'Europe et l'Amérique ou si c'est lié à la façon dont on est élevé. Mais il y a en effet deux façons différentes d'approcher le public. En ce qui me concerne, je ne sais pas vraiment laquelle est la mienne. Il faudrait que j'y réfléchisse davantage.
Ramzy : Il y a eu pas mal de développement cette saison entre House et Cuddy. Tu peux nous en dire un peu plus ?
Hugh Laurie : Non, pas vraiment... On en est arrivé à un point où tous nos scénarios sont numérotés et on doit les rendre à la fin de chaque jour de tournage. Ils sont ensuite placés dans un coffre et si quelqu'un dit quoi que ce soit... il est mort ! Il nous reste six épisodes à tourner et tout ce que je peux dire, c'est qu'ils sont assez ambitieux. Que ce soit sur le plan émotionnel ou purement technique, c'est assez fort. On arrive vraiment au bord du précipice et on verra comment ça se passe.
Ramzy : On s'aperçoit de plus en plus que House a un c½ur, tu es d'accord avec ça ?
Hugh Laurie : J'ai toujours pensé que House n'était pas un ange. Mais aussi qu'il avait un c½ur. Ça rejoint un peu le fait de parler devant un public. Pour House, il ne se soucie pas de son public, il n'a pas besoin de révéler ce qu'il ressent à qui que ce soit. Il est conscient qu'il peut avoir un public quand il blague, mais il n'attend pas les applaudissements quand il sauve quelqu'un. Il les apprécie certainement, mais ce n'est pas pour ça qu'il le fait. Il garde tout pour lui d'une façon très privée, même secrète. Mais je pense qu'il a toujours eu un sens moral des choses.
Ramzy : Avec toutes ces maladies étranges qu'on découvre dans House, tu ne deviens pas un peu parano ?
Hugh Laurie : Il y a énormément de maladies bizarres et la plupart d'entre elles sont horribles. Mais elles sont aussi très rares donc le risque de les attraper est infime. Le pire, c'est que la pneumonie, la dysenterie ou la typhoïde vont tuer des millions de gens cette année alors que la plupart des maladies dans House tuent une personne tous les 20 ans. Statistiquement, c'est assez rassurant ! Même si, je l'avoue, ces maladies font très peur.
Ramzy : Ça te fait quoi d'avoir 50 ans ?
Hugh Laurie : Mon corps supporte moins bien les choses qu'il y a 10 ans ! J'avais moins mal aux genoux lorsque je jouais au tennis. Mais je pense qu'il faut savoir apprécier ça ou du moins le tolérer. A part ce petit détail, je sais pas trop ce qui a changé pour moi. Il faut dire qu'avoir 50 ans aujourd'hui, c'est très différent d'avoir 50 ans il y a 50 ans. Les choses ont beaucoup changé, physiquement bien sûr, mais aussi au niveau des opportunités que les cinquantenaires n'avaient pas il y a 50 ans. C'est très bien d'avoir 50 ans, il ne faut pas en avoir peur ou éviter d'en parler. Quoique... On ne peut même pas l'éviter ! Je ne sais même plus ce que je raconte... Ça y est, je radote...
Ramzy : Ta famille va venir vivre aux Etats-Unis ? Comment ça se passe pour eux ?
Hugh Laurie : Pour l'instant, ce n'est pas prévu. Mes enfants sont toujours en Angleterre. Mon fils de 20 ans est à l'université en Ecosse et mes deux autres enfants sont toujours à l'école. Donc, tout le monde continue à faire des allers-retours entre Los Angeles et l'Angleterre. Je vais les voir souvent, et ils viennent ici pour les vacances. D'ailleurs, ils commencent à se sentir vraiment à la maison quand ils sont ici, ils apprécient de plus en plus. L'avantage est qu'ils peuvent maintenant conduire, ce qui est très intéressant pour eux. Ça leur change la vie. Par contre, ils ne pourront sûrement conduire que pendant 5 ans car après, il n'y aura plus d'essence dans le monde !
Propos recueillis par Ramzy Malouki
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